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Une fête de cinéma heureuse

Par : M’barek Housni

Ce fut une soirée originale, en ce clément vendredi automnal du 22 du mois, avec ce côté instinctif dans le geste et franc dans l’abord de l’événement cérémonial. Elle n’aurait nullement déplu au poète dont elle porte le nom vers des hauteurs méritoires et avec une force de détermination digne de la persévérance poétique. Celle qui emplit l’esprit d’une entreprise guidée par la liberté qui est ici un mot qui se pratique et se respire. Puisqu’elle est une conviction prédestinant à la création.

Il y avait donc bien une cérémonie comme dans tout festival/rencontre de cinéma après de longues heures de visionnages d’une longue de série de films, genres, formats et noms divers. Il y avait deux présentateurs élégamment vêtus,  spécialement pour l’événement : un duo constitué d’une actrice et  d’un acteur. Ils avaient un programme de la soirée bien établi. Or, le déroulement s’est fait sans cette austérité festivalière, sans ce ton hautain et exagéré, pour ne pas dire pompeux. Ici la sincérité du propos alliée à cette belle légèreté copine de la liberté qui laisse place à un l’humour vrai. On sourit vrai tout en étant dans le profond et le sérieux. Le cinéaste Manuel Sanchez, fondateur et président des Rimbaud du Cinéma, infatigable, était là pour veiller au grain, c’est-à-dire à l’esprit rimbaldien de la tournure des choses. Colmater l’oubli, apporter une information de dernière minute, argumenter un choix..

Ça se passait dans l’un des lieux mythiques de Paris,  au neuvième arrondissement, à la maison des auteurs ! Une institution qui remonte jusqu’à un certain Beaumarchais, fondateur de la première société d’auteurs il y deux ans ! C’est dire que l’événement en question était organisé dans le fief de la création, où des hommes n’ont pour outil que l’imagination depuis 200 ans. Il y avait une réception où s’étaient nouées des rencontres, se sont entamées des discussions sur l’art, le cinéma, la poésie et l’écriture. Tout ce qui fonde cette arrière-cour de toute grande assemblée de valorisation des films et de remises des prix.  Ici le prix est une belle statuette de Rimbaud créée par le grand sculpteur Paul Maulpoix.

Et enfin, il y avait l’annonce des résultats et la montée sur scène des heureux lauréats et autres personnalités auxquelles des hommages ont été rendus. Annonce, montée, remise du Rimbaud, un petit mot, des échanges, un éclaircissement, les interventions animées des présentateurs et bien des remarques qui donnaient un réel plaisir à l’assistance nombreuse qui remplissait complètement l’auditorium de la maison des auteurs. Sans omettre les projections des films primés en ce qui concerne le court-métrage et les films d’animation, et des bandes-annonces pour les longs-métrages et les documentaires. De très bons films où la cinéphile, l’humanisme et l’émotion sont le signe marquant.  À voir et à revoir.

Ainsi le Rimbaud du court-métrage a été attribué au français « Free Fall », d’ Emmanuel  Tenenbaum. Un film bien ficelé et poignant sur les traders et le 11 septembre 2001. Le Rimbaud de la réalisation est allé à un grand film colombien « la vallée des âmes » de Nicolas Rincon Gille. Une vraie fête du cinéma, une parfaite harmonie entre le rythme, l’interprétation, le thème, et surtout le travail spécial du cinéma comme art. L’histoire d’un homme parti à la recherche de ses fils tués lors de la guerre qu’a connu ce pays. Sans mélo ni sentimentalisme ni apitoiement. Limpide et vrai.

Le Rimbaud du documentaire a été discerné au film Taiwanais « Une lettre pour Hamma » de Hui-Leng Chen. Une immersion toute en douceur, avec une émotion, dans l’histoire de Taïwan à travers des récits de grands-parents à leur progéniture recoupés de « descentes » dans les tribulations politiques diverses qu’a connues cet état. Il a eu en même temps le Rimbaud de la musique. Le prix du jury a été donné, quant à lui à un bon film iranien « rébellion ordinaire » d’un jeune réalisateur du nom de Hamed Rajabi. Un scénario idéal et une chute des plus belles autour de l’histoire d’une femme dont le fœtus est mort et ne se décide pas à s’en débarrasser, mettant son mari, son entourage et tout le monde dans une situation plutôt kafkaïenne, montrant de même les tares d’une société de consommation.

Toutes ces destinations se sont opérées en parfait esprit des rencontres. La fameuse statuette est allée aux coups de cœur du jury après délibération. Ici, il n’y a pas de meilleur ! Distinguer pour permettre aux œuvres d’avoir la chance d’être distribuées, diffusées et vues. Donner au bon cinéma peu suivi une large audience. Le jury présidé par Franck Cassenti, réalisateur, scénariste et homme de combat pour la justice et la liberté, natif de Rabat, était composé de cinéastes, poètes, acteurs, scénaristes et de spécialiste de musique du film. C’est dire que le cinéma ici n’est pas l’affaire exclusive des gens de septième art.

La soirée fut rehaussée à un niveau d’un grandiose de bon aloi. Un hommage a été rendu au grand cinéaste Costa Gavras, qui a exprimé tout le bonheur qu’il a ressenti en étant présent et de recevoir le Rimbaud. Lui, dont cinquante ans de cinéma fut un grand combat contre toutes les dictatures. La présence de l’auteur notamment du fameux « Z » et de l’excellent « L’aveu », deux œuvres/cultes dont des générations s’en sont inspirées, pour tracer des chemins dans la compréhension du monde, ou dans la vie carrément. Car il fut un temps où le cinéma décidait d’une carrière, d’un destin personnel, ou d’une vie. Sa présence a cadré avec cet esprit d’indépendance qui motivait tout un chacun ce soir-là.

Un autre Rimbaud d’hommage a été discerné à l’actrice Ariane Ascaride représentée par son mari le cinéaste Robert Guédiguian, grand homme de culture et esprit libre. L’héroïne et le réalisateur  du  beau film « Marius et Jeannette ». Marseille qui s’est invitée pleinement chez les Rimbaud du Cinéma comme dans un lieu habituel, une famille. Comme quoi une communauté d’idées et de visions sous la houlette du grand poète s’est vue lors de cette soirée comme.

Arthur Rimbaud préside à son parcours d’homme libre plus d’un siècle après, via le cinéma, par l’abnégation d’une poignée de passionnés habitant les Ardennes. Ce Rimbaud serait bien dans la ville où il a vu le jour et qui le célèbre partout, celle où sont nés aussi les Rimbaud du Cinéma,  à Charleville-Mézières. C’est impératif et d’un bon sens imparable !

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