Un «Projet gigantesque» pour faire entendre la voix de l’Afrique

Saison Africa2020 en France

Un «point de vue africain sur le monde» à travers 200 événements organisés pendant six mois dans toute la France: Saison Africa2020, présentée mercredi à Paris, reste suspendue à la situation sanitaire, mais sa commissaire générale N’Goné Fall espère toujours lancer ce « projet gigantesque » avant Noël. Initiée par le président français Emmanuel Macron lors de son discours de Ouagadougou en 2017, Saison Africa2020 regroupe des participants de 54 pays africains qui, via les arts, les sciences, l’économie, l’éducation, débattent des enjeux majeurs du XXIe siècle, explique la commissaire sénégalaise dans un entretien à l’AFP.

Quelle est la philosophie du projet ?

N’Goné Fall : C’est une invitation à regarder le monde d’un point de vue africain. Certains parlent de saison africaine, de saison culturelle… mais non! Il s’agit du positionnement des Africains sur des thématiques majeures, comme la diffusion des connaissances, l’émancipation économique, la circulation des personnes, des idées, l’engagement citoyen…

Chaque projet s’appuie sur un ou plusieurs de ces thèmes pour dérouler un propos et un message. On n’est pas là pour diffuser des spectacles de danse, de films, pour divertir je ne sais qui.

A chaque fois qu’on pense à l’Afrique et qu’on parle de saison culturelle, on s’imagine des groupes de danse et de théâtre avec des acteurs aux beaux sourires, vêtus en boubous, mais ce n’est absolument pas ça !

Qu’est-ce que ça veut dire la citoyenneté au XXIe siècle quand on est à Bobo Dioulasso, Dar es Salam, Alexandrie, Paris, Lyon ou la Creuse, est-ce qu’on peut parler de ces questions ensemble ?

A quoi aspirent les peuples ? Nous, habitants d’un continent de plus d’un milliard d’habitants, qu’avons-nous en commun, qu’avons-nous réussi ou raté ensemble ? Ce sont tous ces questionnements qui vont être abordés.

Le but est-il aussi de changer le regard que peuvent porter les Français sur l’Afrique et les Africains ?

Ca, c’est le souhait du Président de la République. Honnêtement, je pense qu’il faut plus de 7 mois de programmation. Mais ça peut peut-être créer une amorce.

Notre but est de faire en sorte que les voix, les prises de position de la société civile africaine, soient entendues. Saison Africa2020 est donc portée par cette société civile, et pas par des Etats ou par des institutions françaises. On nous a assez définis et analysés pendant des siècles à travers l’aventure coloniale et les études ethnographiques. Est-ce qu’on peut parler de nous-mêmes, de nos imaginaires et de nos réalités ? C’est fondamental car il y a aujourd’hui une jeunesse qui ne supporte plus qu’on pense, qu’on parle, qu’on agisse et décide à sa place.

C’est le pacte de confiance que j’ai passé avec cette société civile.

D’où cette volonté d’avoir des QG, 15 sur le territoire français, des sortes de centres culturels temporaires qui pendant plusieurs semaines déroulent une programmation totalement pluridisciplinaire, avec projections, débats, expositions, spectacles… Pour que le public français comprenne comment nous, en Afrique, on fonctionne.

La manifestation a déjà été reportée, et elle est censée être lancée le 1er décembre. Pensez-vous pouvoir l’organiser malgré la situation sanitaire?

Depuis le premier confinement, on s’adapte. En bonne Dakaroise/Sénégalaise/Africaine, s’adapter au contexte et faire preuve de résilience, c’est dans mon ADN.

La saison, qui devait démarrer le 1er décembre, est décalée d’une quinzaine de jours. Toutes les dates sont susceptibles de changer, mais globalement on reste sur décembre 2020-juillet 2021. L’objectif est de lancer tout ça avant Noël.

Jusqu’à présent le message que j’ai des partenaires, des mécènes, c’est: on veut rester dans la saison. Ils y croient et n’envisagent pas de retirer leur soutien financier. L’engagement est intact.

Des équipes sont déjà arrivées entre septembre et octobre et sont présentes dans différentes villes. Le dispositif mis en place n’est pas remis en question.